22 ans ( 162 ans ) ♣ 08/12/1849 ♣ Éternel Célibataire ♣ Écrivain à ses heures perdues ♣ Vampire végétarien
Code du règlement
Tell Us
Je n'ai jamais connu ma famille. Oh, rangez vos mouchoirs et ravalez vos larmes. C'est loin d'être une histoire pathétique. Mes parents n'ont pas péri dans un incendie ravageur, ils n'ont pas été dévoré par des bêtes féroces, non plus. Ils m'ont lâchement abandonné à la naissance ; voici donc mon histoire.
Je suis né à l'époque où les jumeaux étaient encore mal vus chez une famille. Ma mère, pauvre créature que la superstition enivrait, écoutait craintivement les menaces abracadabrantes de ses voisines alors que son ventre de femme enceinte gonflait profusément par ses deux occupants. « Si on les sépare pas à la naissance, y vont finir par s'tuer, moi j'te dis. Les bessons, ça ramène qu' des malheurs ! » répétaient les bonnes femmes à tout bout de champ, effrayant ma mère biologique qui n'hésita guère devant la décision à prendre. Elle venait de quitter les couches qu'elle commandait déjà à mon père de trouver un moyen pour éviter les torts. Quelques semaines plus tard, emmitouflé dans des linges, je fus légué à une famille de paysans qui habitait le village voisin. On s'était débarrassé de moi comme un paquet de linge sale. Et je leur en voulus toute ma vie.
Je ne connus pour famille que mes parents adoptifs. Ils m'élevèrent comme un vrai fils et ne manquèrent guère de m'indiquer que je n'étais pas leur vrai enfant. Malgré tout, j'avais bien une mère qui me consolait lorsque les cauchemars me poursuivaient et un père qui ne manquait jamais de m'emmener pêcher. Ma tendresse et mon affection se tournaient naturellement vers mes bienfaiteurs mais je ne pouvais m'empêcher de penser avec amertume à ceux qui m'avaient abandonné. Je vécus une enfance très peu tourmentée... Même si la misère finissait toujours par nous avoir, on se débrouillait pour vivre heureux. Ma mère adoptive était fille de pasteur. Elle était lettrée et ne manqua guère de m'éduquer. Je sus lire à six ans, écrire à sept. Je pris pour passion les rares livres reliés de cuir qu'elle possédait... Sa maigre dot ne lui permettait guère d'en acquérir d'autres mais elle trouvait toujours le moyen de m'en trouver chez ses amies qui avaient eu plus de chance qu'elle en épousant un plus riche parti.
La ferme était notre foyer, notre bonheur. Nous vivions alors dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où nous dûmes la quitter. La terre étant affaiblie par la culture du coton ne pouvait plus nous offrir nos repas quotidiens. Nos pas nous menaient en ville. Au Texas, mon père trouva une place d'ouvrier. Etant âgé de douze ans, dès lors, je suivis ses pas. Notre vie s'améliora un peu. Deux mains actives récoltent plus de ressources. Un emploi stable prévient de la misère. Tout cela ne pouvait que nous rendre heureux
Le maître des terres sur lesquelles on siégeait désormais habitait une demeure non loin de la nôtre. J'eus le loisir de contempler sa gracieuse fille lors de mes promenades. Mes regards poussés sur tant de grâce et d'élégance eurent leur succès. Miss Daniela Vanderwood finit par me remarquer. Elle me désigna comme compagnon de jeu. Son père qui ne lui refusait rien, accepta sans cérémonie de me voir passer du temps avec sa fille dans les alentours du domaine. Il gardait sur moi un regard sévère mais finit par adoucir son jugement. Grâce à ces contacts avec la haute société, j'acquis de l'aisance, de la courtoisie et des manières irréprochables. Ma chère compagne se fit un bonheur de m'instruire. A quatorze ans, mes oreilles qui n'avaient entendu pour seule musique que le son glorieux des moineaux, se laissaient bercer par les exaltants sons du piano ou du violon. Le petit fermier en moi disparaissait, laissant place à un jeune homme maîtrisant l'art de la bonne société. Je sus flatter, charmer, converser tel ou tel sujet... Je devenais un autre.
Mr Vanderwood, charmé par mes exploits, entreprit l'affaire d'avoir ma charge. Mes parents voyant s'ouvrir pour moi un avenir plus glorieux acceptèrent de léguer mon éducation à mon bienfaiteur. On me présenta le nom Vanderwood comme un trophée, j'eus l'insolence de le refuser, tenant à mes racines, aussi modeste soient-elles. Malgré tout, j'étais à présent un des leurs. J'avais l'impression d'être une marchandise qu'on se relayait mais je ne dis rien, remerciant tout de même ma bonne fortune. Je reçus un enseignement de qualité. Je m'intéressais de près à la littérature, à la musique... Je laissai tomber ma carcasse d'enfant de paysans, appris à me comporter en société et sus user de mes qualités pour charmer ces demoiselles. A dix-huit ans, on parlait déjà de me trouver une épouse. Mon coeur ne battait que pour Daniela mais elle était promise à héritier du voisinage. Je refusais toutes celles qu'on me présentait. Mon bienfaiteur prenait cela pour un caprice et me laissait faire, se fiant à mon jugement.
J'avais à présent vingt-deux ans. J'étais parti pour rester vieux garçon, me répétait Mr Vanderwood, la voix devenant plus sèche au fil des jours. Je finis par demander un délai, où je réfléchirai à la question. Mon caractère rebelle ne me permettait guère de me soumettre à lui. Je refusais de me lier à une jeune femme qui n'avait pour culture que les toilettes qu'elle abordait, aussi riches soient-elles ! L'idée d'avoir des enfants à cet âge que je jugeai précoce, était insensée pour moi... Je pensais à m'enfuir en douce, quoique rompre le fer était inadmissible dans mon cas, me jugeant bien trop fier pour partir lâchement. Mais j'eus l'occasion de me libérer de mes engagements.
La fête organisée pour le solstice d'été battait son rythme lorsque mon regard rencontra celle d'une belle dame aux cheveux sombres. Elizabeth. L'image de Daniela s'effaça dans mon esprit, charmé dans tous les sens du terme. Je l'abordai, nous dansâmes inlassablement. La nuit fut seul témoin de notre idylle, alors que nous nous baladions déjà main dans la main, jouant avec les ombres. Nous nous retrouvâmes le soir suivant puis le suivant encore... Nos baisers enflammés habitaient constamment mes pensées. Je devenais marionnette dans les mains délicates de ma maîtresse et son pouvoir se déchaîna sur moi.
Elizabeth me présenta une offre que je ne pus guère refuser. Elle me confessa sa nature sanguinaire et me demanda de l'accompagner dans sa vie de nomade, en échange de la vie éternelle que nous partagerions ensemble. Aveuglé par son charme, je ne pus guère refuser. Elle me transforma le soir même, buvant mon sang jusqu'à l'extase avant de me présenter son poignée éraflé d'où gouttait le breuvage interdit. La transformation fut douloureuse. Je m'en tirai deux heures plus tard avec des sens décuplées et une envie irrésistible de planter mes crocs dans le cou de n'importe quel humain. Je n'eus guère à me retenir. Elizabeth me commanda de m'attaquer au gardes du domaine où j'habitais, il y avait peu. J'expédiais les deux humains dans mon assiette et me délectai de mon buffet de fête.
N'ayant guère envie de réserver le même sort aux êtres que je portais dans mon coeur, malgré mon peu de lucidité, je me retirai, rassasié, un sourire carnassier aux lèvres. Bras dessus, bras dessous, nous quittâmes le champ de bataille sous le rayon lunaire, témoin de notre crime. Mais une surprise de taille m'attendait. Elizabeth était loin de me réserver la clé de son coeur. J'eus le titre d'amant comme une bonne dizaine d'hommes qui attendaient désespérément un regard d'elle. Je fus son favori mais je n'acceptai guère cette situation. Je tentai de la raisonner mais elle m'envoya balader.
Malgré les blessures qu'elle infligeait à mon orgueil, je tins de longues années auprès d'elle. Vingt-cinq ans, pour préciser. Nos disputes éclataient à tout bout de champ, elle me congédiait sans tact avant de venir me prier de lui revenir à force de caresses brûlantes et de regards langoureux. Je cédai à chaque fois à ses caprices, étant calme de nature mais la culpabilité me rongeait. J'avais damné mon âme, quitté ma vraie famille pour cette garce égocentrique. Je finis par la haïr de toute mon âme, tournant le dos à sa beauté ravageuse. Sans plus attendre, je lui dis ses quatre vérités et rendis mon tablier. Comme je m'y attendais, elle ne me retins guère. Je quittai l'Amérique pour d'autres contrées.
A cette époque-là, j'avais encore des problèmes avec mon don de contrôle de vent. Ce sournois compagnon ne cessait de me tourmenter, bavardant à tout bout de champ, m'empêchant d'utiliser librement mes sens. Il ne cessait de me citer les choses qu'il touchait, les personnes qu'il rencontrait... Ses discussions étaient anodines mais interminables. Ses caresses incessantes me fatiguaient, il était trop collant. Mais je finis par m'habituer à sa présence. C'était mon seul ami à vrai dire. Le seul que j'acceptais trop longtemps dans mon entourage. Je n'avais pas encore la possibilité de le contrôler mais j'arrivai à communiquer avec lui.
Mes pas me menèrent directement en France où je me repliai pour de longues années. Je pris la plume pour amie et commençai à écrire. Mes récits parurent dans un quotidien fort prisé. Je gagnai ma vie grâce à cela et eut la joie de posséder un vrai chez moi après quelques années de dur labeur. En France, je connus la première guerre mondiale, la crise économique puis la deuxième guerre d'un oeil absolument passif. Les affaires des humains ne m'intéressaient guère. J'avais choisi la solitude. Mes seuls contacts avec les Hommes restaient les moments où je devais m'alimenter. Là, je sortais mes canines avec délice pour les planter dans les cous de mes victimes peu consentantes.
Ensuite, je me dirigeai vers l'Italie où je fis la connaissance de Carlisle. Ce vampire d'un âge plus respectueux que le mien, me laissa entrapercevoir les avantages de garder un peu d'humanité. Avec son aide, je me tournai vers le sang animal. J'eus de grandes difficultés et m'attaquai parfois, avec regret, à des humains sans défense. Mais je vins au bout de mes forces et dit adieu à cette addiction interdite. Je gardai un grand respect et une amitié prononcée pour ce grand vampire. Je lui étais éternellement reconnaissant pour ce grand pas dans ma vie.
Je passai le reste de mon temps à me balader dans l'Europe. Je fis de nouvelles connaissances, maîtrisai des langues autres que la mienne, connus les us et les cultures des pays lointains... Je ne revis plus Elizabeth et je m'en réjouissais. Après une longue période passée à la nomade, je revins à mon continent natal, cherchant à m'établir pour retrouver un peu de mon humanité. Je choisis forcément Forks puisque les Cullen y habitaient depuis quelques années...
J'étais loin d'imaginer la rencontre qui m'attendait...
Ma remarque n'eut guère l'effet que j'estompais auprès du vampire femelle. En fait, elle ne m'accorda même pas de l'attention. Mes sourcils se froncèrent, me demandant si elle trouvait son casier plus intéressant que ma personne. Son air las titilla mon attention mais je ne m'en formalisai guère. Elle devait surement avoir une mauvaise passe de sang ; j'étais tout autant revêche lorsque je ne m'étais pas alimenté suffisamment. Sa voix encore plus ennuyée que je ne l'imaginais se fit entendre, me surprenant d'avantage. Quoi ? Elle n'était même pas capable de reconnaître ses semblables ? Un sourire moqueur se dessina sur mes lèvres alors que je songeai qu'elle ne devait guère être bien âgée en tant que vampire puisqu'elle ne semblait même pas utiliser correctement son flair.
Elle finit par se tourner. J'eus le loisir de contempler son visage aux traits harmonieux encadré par sa cascade de cheveux blonds. Sa peau nacrée et le charme qu'elle dégageait ne me laissait guère un champ de doute. C'était bel et bien un vampire. Par contre, elle n'avait aucun vent de ma nature, elle. Lorsqu'elle prit de nouveau la parole, elle semblait me cerner un peu. Je levai les yeux au ciel, d'un air sarcastique. Enfin, quoi...
Les présentations furent brèves. Elle se nommait Caroline et portait bien son prénom. Je lui adressai un hochement de tête que je voulais aimable, finissant de m'adosser au casier pour avoir une meilleure vision de sa personne, guettant le moindre geste, la moindre expression qui se peindrait sur son visage. Je me demandai si miss Caroline allait tout simplement s'en aller, après ce bref échange mais elle finit par poser une question qui me surprit totalement. Le visage fermé, vexé par le tact de ma compagne. Je glissai nonchalamment mes mains dans mes poches, ma voix, morne et peu conciliante, se fit entendre : « Et puis quoi encore ? Je n'ai qu'une quarantaine d'années, je ne suis pas si âgé. J'ai l'air autant vieux jeu ? » Je pris un air réfléchi quelques instants avant d'affirmer sans détour : « Toi, par contre, tu es très nouvelle, je me trompe ? Tu n'as pas l'air... dans ton élément. »
Je n'étais qu'un inconnu pour elle mais j'arrivai tout de même à capter cela, c'était dans ma nature. A moins que ses mouvements peu lestes soient rattachées à une peu récente alimentation. Les choses qui pouvaient agir sur nous étaient nombreuses, je n'allais pas évoquer toutes les hypothèses. Je me rendais compte que je n'avais pas répondu à la question de ma compagne, je repris donc, sans entrer dans les détails, n'aimant pas trop étaler ma vie : « Un besoin de me mélanger aux humains, de m'enraciner et me stabiliser ? Moui, c'est un peu ça. Et toi, alors ? Tu habites ici depuis toujours ou es-tu venue t'enterrer, pour reprendre ton expression, à Mystic Falls ? »